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"Né dans un chou rouge" de Roger Jouadé raconté par Gérard Roger.
Extraits: "J'ai pénétré dans un petit hangar situé sur le site où la M.I.C. s'est depuis considérablement développée. Le bâtiment était étroit, et l'activité encore au stade artisanal, n'offrait du travail qu'à quelques gars. Un samedi matin, je me suis pointé dans l'atelier et Dordain, le chef, m'a mis sur un poste à soudure à l'arc. On m'a fait faire un essai, ça a marché et j'ai été immédiatement embauché. Le 15 octobre 1957, j'ai rejoint - avec le n° 8 - l'équipe de fabrication des chariots pour le transport des bagages sur les quais des gares de chemin de fer. Nous étions payés "500 balles par mois". La M.I.C. avait été fondée par le frère d'un gros industriel de La Courneuve qui rêvait d'avoir sa propre entreprise. Il s'appelait Alexis Rateau et avait été un violoniste virtuose avant de démarrer son activité à La Courneuve. Il était ensuite venu s'installer à Argentan en raison de la vocation ferroviaire de la ville.[...] Lorsque je suis entré à la M.I.C., nous étions à peine une dizaine de gars. En 1968, l'effectif était passé à deux cents salariés. Au début, nous fabriquions uniquement des remorques pour la SNCF, Michelin, Dassault,... Dans les années 1960, nous avons "inventé" le fameux petit transpalette permettant de lever des charges sans effort humain, puis le pont roulant, les hayons et enfin le rayonnage pour palettes. En tant que soudeur, j'ai participé à la mise au point de tous les matériels créés par la M.I.C. Travaillant à la soudure puis à l'outillage, j'étais associéà l'élaboration des prototypes.Au cours des deux décennies qui ont suivi la création de la M.I.C. nous avons connu un essor considérable et faisions figure d'entreprise pilote à Argentan et dans la région. Pour faire face à ce développement, la direction a contruit un deuxième puis un troisième bâtiment, mis en service en 1968 dans la zone industrielle de Coulandon pour y fabriquer les ponts roulants et les remorques.[...] Dans les anciens bâtiments, nous devions développer le transpalette dont la production connaissait également une rapide évolution, et lancer plus tard la fabrication d'un nouveau produit : les containers."

Roger Jouadé entre à la MIC en 1957
Alexis Rateau a créé son entreprise à Bondy, dans la Seine-Saint-Denis en 1954 avec 15 salariés. En 1956, au moment où il décida son installation à Argentan, 9 salariés sur les 15 arriveront dans notre ville. Je me souviens encore de leurs noms et prénoms.L'histoire de la MIC est un bel exemple des valeurs humaines et professionnelles qui ont fait la réputation et la richesse de notre pays. Elle mérite d'être contée par ceux qui l'ont vécue. A l'origine de cette aventure, Alexis Rateau, fils d'une grande famille industrielle avec l'usine de La Courneuve fondée par son père. Il avait d'abord choisi une carrière artistique qu'il pratiqua jusqu'à la cinquantaine. C'était un humaniste sensible et rafiné dont les compétences dans l'industrie étaient très limitées. Il possédait un immeuble 40 rue du Colisée, à proximité des Champs-Elysées. Il décida, à un âge avancé, de créer sa petite entreprise artisanale à en 1955. La décentralisation était à l'ordre du jour, il entra en relation avec le maire d'Argentan, le Dr Couineau et son adjoint Robert Boscher. C'est ainsi que débuta la zone industrielle d'Argentan où la MIC fut la première entreprise à s'installer en 1956 sous la direction d'Yvon Prauthois. Celui-ci, âgé d'une trentaine d'années, était un homme autoritaire, dynamique et compétent. Le chef d'atelier à l'époque, Marcel Dordain, tout aussi dynamique et compétent, avec son épouse Léone Dordain qui resta à son poste jusqu'à l'âge de la retraite. Une équipe de bons professionnels : Raymond Thède, Hollier, Pambrun, Boschand, Gustrain. Ils habitaient dans le quartier Saint-Michel en cours de construction. Ils deviendront vite chefs d'équipes lorsque l'entreprise se développera.

Pour ma part, je suis entré à la MIC comme soudeur après mon service militaire, soit 27 mois de bons et loyaux services pour une mauvaise cause en AFN. J'étais le 8 ème ouvrier embauché, pointeuse N° 8 jusqu'à ma retraite. Avaient déjà été embauché Besneux, un tourneur qui deviendra chef d'équipe à la mécanique. En 1957, la MIC fabriquait exclusivement les remorques SNCF que l'on trouvait sur les quais des gares. Des milliers ont été fabriquées. Ensuite commença la fabrication des "chariots Michelin" en forme de V utilisés au transport des pneus dans les usines de fabrication. Là aussi, des milliers fabriqués avec des temps de production toujours plus rapides et cependant des soudures de qualité. Toutes ces remorques étaient expédiées par le rail à partir de la gare d'Argentan (dans les années 70, les wagons SNCF arrivaient jusque dans les ateliers de la MIC à la Saponite).La qualité des matériels vendus dans de grandes entreprises a fait connaître la MIC, grâce à l'activité du siège à Paris et aussi à un département commercial très performant. Ce secteur s'était mis en place sous la direction de Sabiron, une personne très dynamique. Je l'ai souvent rencontré alors que je siègeais, trois fois par an, au Conseil d'administration en tant que représentant du C.E d'Argentan. Cependant, lorsque j'arrivais au siège de la MIC à Paris, ordre était donné aux membres du personnel de n'avoir aucun contact avec moi "le Rouge". De ce fait, je rencontrais l'ami Sabiron dans un café à l'extérieur. Nous partagions les mêmes valeurs. Dans ce C.A, on trouvait le PDG Alexis Rateau, son fils Jean Rateau et sa soeur Madame Noblemaire, M. crus ainsi que le PDG des parfums Ricci. Je découvrais ce monde à ce niveau-là, à condition de ne pas trop parler de syndicats - ce que j'ai toujours aimé justifier. Je suis resté membre du C.A de 1960 à 1990.

En 1959, l'usine se développe à grande vitesse. Un igénieur est embauché, M. Baty, pour développer la fabrication des remorques. Grâce à cet ingénieur, nous avons conquis de très gros clients, notamment Dassault pour des remorques hydrauliques très éléborées. Puis le développement de tables hydrauliques qui provoqua un tragique accident au cours d'une démonstration en 1967. Un dessinateur industriel, par ailleurs délégué CFTC, avait conçu et fait réaliser ce produit. Au cours d'une démonstration, alors que la table était élevée à deux mètres, une mauvaise manipulation l'a brutalement abaissée sur la tête de notre camarade. Il est décédé deux heures plus tard. Le personnel fut longtemps traumatisé par cet accident qui eut pour effet de développer chez nous des règles plus strictes de sécurité. Monsieur Rateau en fut très affecté. C'était un homme sensible qui était un peu dépassé par les réalités professionnelles.Un aspect de sa personnalité : en mai 1968, il était littéralement préoccupé par les évènements et l'occupation de son entreprise. Nous avons d'ailleurs obtenu de substantiels avantages comparés à d'autres entreprises de la région. Durant ce long conflit, il est venu de Paris avec une valise remplie de billets de banque afin de distribuer des acomptes aux salariés - ceux-là mêmes qui occupaient son entreprise, geste unique à Argentan.

Revenons à 1959. Le développement des fabrications de remorques a permis l'embauche de nombreux salariés venant du secteur artisanal : serruriers, mécaniciens, bâtiment - secteur avec de nombreux emplois du fait de la reconstruction de la ville d'Argentan sinistrée à 80% en 1944. Tous ces nouveaux salariés d'usine se sont formés en interne au contact des professionnels récemment embauchés. On peut assurer que, par la suite, la réussite industrielle de la MIC est le résultat du savoir faire acquis par ces salariés. Ils ont été à l'initiative de toutes les inovations et fabrications des nouveaux matériels créés de 1956 à 2000. D'une petite entreprise artisanale, la MIC est devenue une grande entreprise moderne de réputation mondiale comptant jusqu'à 630 salariés à Argentan et 150 au siège et dans les agences du SAV. Après 1959, un bureau d'étude commence à se développer à Argentan. A Paris, le département commercial est très actif. Cela a permis la mise au point des premiers transpalettes qui seront connus et appréciés dans le monde entier. Notons que sur le marché existait déjà de grands groupes tel Fenwik. Mais la qualité et les prix compétitifs des transpalettes MIC ont conquis le marché. 1.000 transpalettes étaient fabriqués quotidiennement au cours de l'année 2.000. Dans la foulée, la fabrication du transpalette électrique s'est beaucoup développée ainsi qu'une gamme de produits élévateurs. Cela permit de développer l'emploi et nécessita l'agrandissement des locaux. En 1965, nous avons commencé la fabrication de ponts-roulants avec un jeune ingénieur très compétent et de nombreux professionnels arrivés de la SEPA, une entreprise concurente à Sées.

La réputation et la qualité des matériels MIC a permis de développer très vite ses fabrications vendues dans toute l'Europe. En 1967, cela conduisit à construire une nouvelle usine , dite MIC 2, dans le quartier de la Saponite, route de Sées. Au début, on y installa la fabrication des remorques et des ponts roulants. A cette époque, nous avons mis au point les premiers prototypes de containers homologués. Le marché était très important. Malheureusement, à cette époque, la MIC n'avait pas les moyens de développer cette nouvelle activité qui fut bradée à un concurent. D'autant plus qu'un autre projet était à l'étude : la fabrication de rayonnages industriels. Pour ce faire, un nouvel atelier est construit avec des équipements et la mise en oeuvre de méthode de fabrication "grandes séries". Pour la MIC, se fut une source importante de profits mais, pour les salariés, des conditions de travail pénibles. Les rayonnages MIC ont équipé un grand nombre d'entreprises de stockage en France et en Europe. Enfin, dernier produit à grand succès mis au point à la MIC : le hayon élévateur destiné aux camions. Des milliers de véhicules en ont été équipés en France et en Europe. Alors, pourquoi avoir détruit une si belle entreprise qui, dans les années 90, comptait à Argentan 650 salariés et autant d'emplois au siège social et dans les agences de SAV. Enfin, n'oublions pas les centaines d'emplois induits par les fournisseurs et la sous-traitance.

Parmi les évènement majeurs qui ont marqué l'histoire de la MIC, ce fut la céation du syndicat CGT en avril 1959. Le point de départ a été une tentative de licenciement d'un tourneur à laquelle nous nous sommes opposés en nous déclarant en grève. En mai 1968, la MIC comptait le plus grand nombre de salariés et la plus forte section syndicale sur Argentan. Depuis 1958, s'étaient crées Moulinex, Motta, la Fonderie, Speed, la Soudure Moderne, les Ateliers d'Argentan, Cégétex, Sufren. En mai et juin 1968, les militants CGT de la MIC ont rencontré ces salariés et les ont aidés à créer leur section syndicale dans leur entreprise. Le décès d'Alexis Rateau en 1971 affecta le personnel car c'était un patron humaniste avec lequel nous avions négocié des avantages sociaux non négligeables. Le directeur général était Monsieur Sollier assisté d'un directeur financier Monsieur Dayan. Jean Rateau ne possédait pas les compétences et l'autorité de son père. Très mal conseillé par le directeur financier, il se laissa entraîner dans des aventures financières en Amérique du Sud - café et cacao - qui provoquèrent la faillite de la MIC.

En 1973, la fabrication des remorques fut supprmée, là où justement travaillaient un grand nombre d'ouvriers professionnels. Le but non avoué était de licencier le plus grand nombre de dirigeants syndicaux dont j'étais le principal responsable (dans l'entreprise âis aussi à l'Union locale et à l'Union départementale). La direction prétendait que ce secteur n'était plus rentable, ce qui était faux. La CGT représentait 80% des salariés syndiqués et obtenait 95% des voix lors des élections professionnelles. Salariés en grève, usine occupée, manisfestations à travers la ville : après une semaine, la direction annulait les licenciements de 15 salariés et s'engageait à poursuivre la fabrication des remorques. La faillite et le dépôt de bilan en 1975 vint confirmer la mauvaise gestion de cette direction. L'entreprise MIC allait disparaitre, divers groupes concurents se proposaient de reprendre la fabrication, notamment Luchaire à Messei. En tant que conseiller municipal, je fus convoqué par le maire Vimal du Bouchet à une réunion avec un avocat, maître Huaumé et le directeur Monsieur Prauthois pour négocier le détail de cette liquidation. Ce fut bref car nous avions décidé de sauvegarder notre outil de travail et la totalité des fabrications de la MIC.

Alors que les locaux de l'entreprise étaient occupés, nous avons également rencontré le Préfet Aurousseau à Alençon. Devant notre détermination et notre force syndicale, il engagea de nombreux contacts. Après un délai d'une semaine, le préfet Aurousseau nous appelait pour participer à une réunion chez Maître Pesson à Paris. Madame Colbert, collaboratrice de ce cabinet, recevait alors mandat de prendre en charge la gestion de l'entreprise MIC. Elle devait également rechercher un repreneur. Nous avons alors repris le travail car nous avons apprécié sa confiance en nous et sa compétence pour garantir l'activité de l'entreprise. L'ancienne direction se voyait ainsi déssaisie de tous pouvoirs. Quelques semaines plus tard, nous fûmes à nouveau convoqués chez Maitre Pesson pour négocier avec les représentants d'un groupe allemand - Jüngheinrich. La reprise avec le maintien de toutes nos activités à Argentan : telles étaient nos conditions. L'ancienne direction MIC était présente et très mal à l'aise, complètement ruinée, elle disparut à jamais. C'est à partir de cette réunion qu'à était prise la décision de céder la MIC à Jüngheinrich, entreprise allemande dont le siège était à Hambourg. 6.000 salariés, même secteur d'activité, fabrications concurentes, nos fabrication MIC allaient compléter leurs gammes. Jüngheinrich était particulièrement intéressée par le secteur rayonnage. Cette activité allait être considérablement modernisée et développée à Argentan.

Un premier directeur fut nommé, M.Kaufman. Avec une délégation du personnel - Letondeur, Guérin, Jouadé - nous l'avons accompagné à l'usine d'Hambourg où nous avons rencontré les dirigeants du groupe. Dans ce groupe, la MIC représentait 10%. Nous étions vraiment respectés pour ce que nous représentions syndicalement et politiquement. Compte tenu de la situation financière de la MIC, nous avons négocié un accord d'entreprise sur le maintien de tout le personnel et toutes les fabrications. Mais nous avons aussi consenti, pendant une durée limitée, le blocage des salaires et l'abandon de quelques avantages acquis. Ils seront rétablis dans la mesure où l'entreprise retrouverait une rentabilité normale, ce dont nous étions convaincus. Parmi l'ancienne direction d'Argentan, seul le directeur Prauthois fut conservé en raison de son expérience et de ses compétences. C'était mon souhait, non partagé par la majorité, mais l'avenir m'a donné raison. Deux ans plus tard, l'entreprise avait rétabli ses bénéfices et nos avantages étaient rétablis. Ce fut un bel exemple de la capacité et de l'utilité d'un syndicalisme responsable et représentatif. Cela a assurément été à l'origine du maintien intégral de cette entreprise à Argentan pour le plus grand profit des salariés et de l'économie locale - Argentan et sa région.

Parmi les différents PDG de la MIC depuis 1975 : Kaufman, Rosenkrantz, Hertwing. La qualité des relations sociales a été particulièrement influencée par un DRH engagé dès la reprise de la MIC par Jüngeinrich, Monsieur Bassot, dont la carrière n'était pas prévue à l'origine pour exercer ces fonctions. Mais ses brillantes qualités humanistes et sa capacité à négocier l'évolution d'une politique sociale objectivement avantageuse dans toute la société, avec un syndicalisme puissant que les Allemands appréciaient, fut très positive pour l'ensemble du personnel. Je tiens à rendre hommage aux qualités humaines et professionnelles de Monsieur Bassot, DRH de Rungis et Argentan, qui a compté dans cette belle aventure. Il assuma ces fonctions de 1975 à 1995".